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L’office de Tourisme d’Angoulême a eu la chance de rencontrer deux femmes et un homme un trio passionné sans qui l’exposition n’aurait pas pu voir le jour :

Interview de Rebecca Duffeix et Emilie Salaberry-Duhoux

D’où vient votre intérêt pour Alexandre Evariste Fragonard ?

Rebecca Duffeix : Cela fait trente ans maintenant que je me passionne et que je travaille sur Alexandre Evariste Fragonard. Cette aventure est née d’un hasard ou d’une coïncidence je ne sais pas. En 1991 je devais préparer un sujet de mémoire sur la relation entre la peinture du XIXe siècle et le théâtre qui sont mes deux passions. Le thème se retrouve beaucoup dans les peintures du père et du fils Fragonard, mais on avait beaucoup parlé du célébrissime père Jean-Honoré Fragonard (1732-1806). En consultant des ouvrages, je tombe sur le tableau Don Juan et la statue du commandeur d’Alexandre Evariste Fragonard exposé à Angoulême, je réalise le génie de cet autre Alexandre Evariste Fragonard (1780-1850). Ce fut un véritable coup de foudre qui aujourd’hui m’habite encore. Je suis partie de rien, j’ai donc écrit partout. J’ai entrepris des recherches importantes pour retrouver un maximum d’œuvres aussi bien dans les grandes institutions, les galeristes mais aussi chez des collectionneurs privés et même chez les propres descendants de Fragonard. J’ai répertorié alors plus de 2000 numéros de catalogue j’en ai peut-être 20% qui ne sont pas ou plus localisés. Il est l’artiste de ma vie !

Pourquoi l’exposition a eu lieu à Angoulême ?


Rebecca Duffeix : L’exposition a eu lieu à Angoulême, grâce à des rencontres et des coïncidences, J’ai reçu un jour un message d’un professeur de français et d’art plastique du l’ISA à Angoulême Jean-Christophe Pèbre qui est né à Grasse dans la ville natale d’Alexandre Evariste Fragonard. Passionné lui aussi par le peintre il m’a dit « J’ai grandi à l’ombre de la famille Fragonard ». Il connaissait bien la conservatrice d’Angoulême Emily Salaberry et a pu me servir d’intermédiaire et tout est parti de la. Emilie était très motivée par le projet d’exposition à Angoulême et a dans ses collections un tableau d’Alexandre Evariste Fragonard La duchesse d’Angoulême remet le titre de propriété au descendant du père nourricier d’Henri IV. Je rends hommage à Emilie de s’être lancée dans l’aventure avec moi C’était un pari risqué pour le musée d’Angoulême à la fois en termes de logistique et d’organisation.

Qu’est-ce qui vous a plu dans ce projet ?


Emilie Salaberry-Duhoux : Ce qui m’a plu dans ce projet c’est de faire renaître un artiste tombé dans l’oubli et donner à voir des courants artistiques peu exposés de nos jours ou valorisés, je n’ai pas hésité une seconde et l’exposition a pu voir le jour pour notre plus grande fierté. En tant que conservatrice j’aime que l’on me surprenne avec des thèmes inédits qui sortent de nos codes habituels.
J’avoue avoir une préférence pour les dessins de l’artiste dont j’apprécie la finesse comme « Psyché montrant ses richesses à ses sœurs » qui est exposé cette œuvre vient du Louvre. Et puis nous nous sommes très bien entendus avec Rebecca Duffeix c’est pour moi aussi une belle rencontre.

Comment s’est passé l’organisation de l’exposition ?


Emilie Salaberry-Duhoux : L’organisation de l’exposition a été très prenante et toute l’équipe a été très sollicitée mais je savais qu’en interne on allait faire face, car il faut savoir que nos équipes sont très polyvalentes beaucoup de choses ont été gérées en interne comme les éléments du mobilier, le montage, la décoration, l’éclairage. Il a fallu aussi fabriquer des caisses pour le transport pour les tableaux grands formats. Il a fallu se rendre dans plus d’une vingtaine de lieux différents pour récupérer les œuvres. On n’imagine pas le travail en coulisses d’une exposition.

D’où proviennent les œuvres ?

Rebecca Duffeix : Grâce à internet et aux publications que j’ai pu faire j’ai pu tisser des liens parfois amicaux avec des propriétaires de tableaux. J’ai parcouru la France pour découvrir tous ces trésors. J’ai pu parfois aider les propriétaires à retrouver les titres des œuvres mais j’avoue avoir été étonnée par le nombre d’appels et de messages. Alexandre-Evariste Fragonard a eu 5 enfants donc je vous laisse imaginer le nombre de descendants. J’avoue que je compte sur l’exposition pour avoir d’autres contacts. C’est un engrenage « vertueux », celui d’une vie ! Il y a en tout une trentaine de prêteurs qui se répartissent sur toute la France. Si vous avez un Fragonard chez vous n’hésitez pas à prendre contact avec moi.

Qu’aimez-vous chez Fragonard ?


Rebecca Duffeix : J’aime beaucoup la période troubadour de l’artiste et les deux tableaux qui me viennent à l’esprit Le petit chien qui est en Louisiane, et Michel-Ange aveugle touchant le torse du Belvédère (qui est exposé actuellement au musée) La vigueur de la touche et l’éclairage théâtralisent l’enlacement du peintre avec le puissant torse en marbre. Alexandre Evariste-Fragonard est un brillant metteur en scène, un coloriste autant qu’un dessinateur qui était très lié avec le milieu du théâtre. Le peintre a travaillé notamment pour Lucien Bonaparte lorsqu’il était ministre de l’intérieur pour décorer sa propre salle de spectacle. Il a aussi décoré le théâtre des Variétés à Paris.
Il me manque aujourd’hui d’en savoir plus sur l’homme qui était-il vraiment ? Je rêve de trouver de la correspondance. Je ne le connais qu’à travers ses œuvres. Il a traversé plusieurs époques de la Terreur à la deuxième République. Son père a beaucoup influencé son œuvre comme la captation de la lumière sur des visages. J’aime aussi la façon dont Alexandre-Evariste traite le corps humain on sent l’influence de David dont il était l’élève.

Pouvez-vous nous dire un petit mot sur le musée et la ville ?


Rebecca Duffeix : Je ne connaissais pas Angoulême et son musée. Cela a été pour moi une belle découverte, C’est très rare de voir un musée adossé à une cathédrale, le cadre est très agréable, l’espace est très bien exploité, et la partie moderne du musée aussi bien extérieure qu’intérieure se marie très bien avec l’ensemble. Entre les accrochages je me suis promenée dans la ville, le long des remparts et dans les petites ruelles. J’ai apprécié aussi son calme et sa sérénité.

Je crois que vous sortez un livre prochainement sur l’artiste ?


Rebecca Duffeix : Je sors un livre sur l’artiste aux Editions Arthena à l’automne 2021. Mon souhait le plus cher c’est que cette exposition puisse voyager à l’étranger L’exposition à Angoulême est le point de démarrage d’une nouvelle carrière pour Alexandre Evariste Fragonard qui avait été oublié, grâce à cette exposition cela donnera peut-être des idées à d’autres musées je suis confiante et optimiste !

Les projets futurs du musée d’Angoulême ?

Emilie Salaberry-Duhoux : J’espère que cette exposition est le début d’une belle aventure pour Alexandre-Evariste Fragonard, c’était un pari risqué. Mais quand je vois les excellents retours du public toutes générations confondues je suis confiante nous avons eu un après-midi plus de 450 personnes et Jean-Christophe Pèbre notre intermédiaire a même organisé pour nous des visites guidées.
L’actualité du musée, nous sommes en cours de maquette du programme janvier-avril pour le reste, est prévu la prolongation de l’exposition Emmanuel Guibert jusqu’à fin juin 2021 puis ouverture de l’exposition Congo Paintings vers le 20 juillet et jusqu’à la fin des vacances de noël 2021.

Accès à la visite virtuelle de l’exposition d’Alexandre Evariste Fragonard

Interview de Jean-Christophe Pèbre

Je suis admiratif de la précocité d’Alexandre-Évariste FRAGONARD : il dessinait avec brio à l’âge de 12 ans ! Même si j’ai grandi dans l’ombre de la dynastie Fragonard, j’ai véritablement découvert l’artiste grâce à Rébecca DUFFEIX, la spécialiste du peintre et Émilie SALABERRY, la directrice du Musée d’Angoulême, qui ont eu l’audace d’organiser cette première rétrospective. Mes trois œuvres préférées ? Raphaël rectifiant la pose de son modèle, Don Juan et la statue du commandeur et Le Parjure : elles célèbrent l’histoire, l’opéra et l’art. Et puis, quels mouvements, quels dessins, quelles expressions !
J’apprécie son goût pour le théâtre, la palette de couleurs qu’il utilise, la façon dont il illustre les anecdotes historiques qui sont de véritables mises en scène théâtrales. Et puis, je suis né à Grasse comme lui ; cela rapproche !!!

4 étudiants en DNMADE Graphisme, option illustration ont travaillé sur une œuvre d’Alexandre-Evariste Fragonard. Après avoir choisi une œuvre de l’artiste, il leur a fallu la reproduire sous forme de peinture, aquarelle, dessin, collage… et en faire une analyse détaillée.